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#Une main pas comme les autres

John Dalton (1766-1844) s'est rendu compte un jour qu'il avait un problème de vision des couleurs. Personne n'avait étudié cela auparavant donc, bien que n'étant pas ophtalmologiste, il s'en est chargé. Cela fait qu'on appelle ce problème daltonisme.

Mon problème à moi, qui en a généré d'autres, c'est que je suis terriblement maladroit de mes mains. Toute action un peu pointilleuse nécessitant de tenir avec précision un objet quelconque entre pouce et index m’est très vite pénible. Et donc je tends à la précipiter, donc à la bâcler ou la rater, ou l’esquiver. Je peux recoudre un bouton sur un vêtement, péniblement et le résultat laisse un peu à désirer. Mais si je devais le faire toute une journée je deviendrais fou. Je n’aime pas les chaussures à lacets. J’ai eu du mal à apprendre non à lire mais à écrire. C’était au temps des plumes Sergent-Major, qu’on trempait à l’école dans l’encrier disposé sur le pupitre. Le porte-plume ergonomique, marque Pat, fourni par une mère inquiète, n’a guère aidé. Je l’ai cassé.

J’ai fortuitement compris pourquoi à l’âge adulte, en découvrant par exemple le schéma suivant :

main3.jpg

 


 
On y voit donc que le pouce, au tout début, se trouve dans le même plan que les autres doigts. Puis il pivote, jusqu'à ce que les deux plans soient pratiquement à angle droit sur la main au repos. Et cela donne une main sapiens adulte standard, parfaitement fonctionnelle. Sur le même ouvrage il était expliqué que pour l'Homme de Neandertal, cette évolution s'arrêtait avant, et même avant celle du milieu sur le schéma ci-dessus. Elle était donc moins adaptée à la saisie fine d'un petit objet entre pouce et index.

Et j'ai un peu la même. Et c’est ce qui fait que cette association du pouce et de l’index, indispensable pour tout travail de précision, reste possible mais n’est pas confortable. Il faut tordre et tendre trop de choses.

Voici une main humaine standard (prise au hasard sur le Net) :

 

Human-Hands-Back-Front.jpg

 

Par Evan-Amos — File:Human-Hands-Front-Back.jpg, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38492737

 

Le pouce au repos (même s'il n'est au repos qu'à gauche) s'inscrit dans un plan qui forme un angle d'environ 90° avec celui des autres doigts.

Voici ma main gauche, au repos, prise avec l’appareil tenu de la main droite :

 

IMG_9676.JPG
 

 

Bien regarder le pouce. Il s'inscrit dans un plan qui forme un angle d'environ 25° avec celui des autres doigts.

 

Encore tout récemment j’ai vu passer une publication internet disant que Neandertal "contrairement aux idées reçues" avait "des mains de dentelière". Ce n’était pas un titre "survendeur", comme on dit dans le jargon journalistique, exagéré. Tout le texte disait littéralement la même chose. Mais pas les illustrations. On ne voyait jamais des mains tenir finement un objet mince entre pouce et index, seulement de gros silex (car c’est tout ce qu’on a de la production artisanale du cousin Neandertal). Les auteurs n’avaient manifestement pas approfondi les prérequis anatomiques nécessaires à un travail de dentelière.

Mais l’ont-ils jamais été, approfondis ? J’ai fouillé dans les livres et sur Internet, interrogé sur les réseaux sociaux, rien à faire. Jusqu’à preuve du contraire que vous pouvez aussi chercher, on sait repérer les caractéristiques physiques qui favorisent ou défavorisent la pratique de tel ou tel sport, l’exercice de tel ou tel métier, pas celles qui favorisent ou défavorisent la dextérité manuelle. Personne ne semble s’être penché là-dessus. Aurais-je fait une découverte fondamentale ? Peut-on faire une découverte fondamentale sans être un spécialiste pointu du domaine ? En tout cas, il y a des précédents.

Pour me contacter : daruc@daruc.fr



07/09/2023
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