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Origine des cancers (Dr Michel Moirot)

Dans ce livre, le Docteur Michel Moirot (1912-1997) soutient une thèse audacieuse, à savoir l'origine purement psychosomatique du cancer. Il n'a pas trouvé place dans l'édition classique, il est donc disponible en ligne (ici). Je ne dis pas qu'il a forcément raison (je pense même qu'éliminer totalement la composante physique équivaut à sauter d'un extrême à l'autre), je dis que les éléments qu'il a rassemblés à partir de sources dûment référencées, s'ils sont vérifiés (les vérifie-t-on ?) devraient conduire à rouvrir le dossier (verrouillé, en France plus qu'ailleurs). Ne serait-ce que parce que, malgré la multitude de traitements (physiques) de plus en plus élaborés, on n'y arrive pas.

Début de la préface de L-J Delpech (professeur à la Sorbonne, Président de la Société Française de Cybernétique), datée de 1974 (le livre n'était pas achevé, son élaboration allait se poursuivre jusqu'en 1985) :

Certes, des auteurs divers en Angleterre, dans un livre de vingt spécialistes anglais sur le psychisme du cancer paru en 1963, et quelques spécialistes au Congrès international de médecine de Rome consacré au cancer, avaient soutenu cette thèse en 1971 ; pourtant l'oeuvre du docteur Moirot est fondée sur un ensemble d'investigations (statistiques, enquêtes, déductions, etc.) qui ne sont pas sans troubler profondément, même les adversaires résolus de sa thèse.
Par exemple, la quasi-absence de cancéreux parmi les schizophrènes ! L'auteur ne recule devant aucune forme d'enquête et il n'hésite pas à porter son investigation chez les religieux catholiques des deux sexes, trouvant dans les couvents un milieu où la pollution peut être éliminée méthodologiquement puisque l'écologie est uniforme  reste donc comme facteur psychosomatique le terrain des individus et surtout leur histoire.

Ce n'est pas parce qu'il met en avant l'origine psychique qu'il élimine l'aspect purement biologique, constatant par exemple que les lombrics échappent au cancer (alors que des végétaux le subissent) :

Si le cancer est le résultat d'une désadaptation biologique d'un organisme incapable de vivre dans le monde qui l'a formé, on constate que le ver de terre sectionné en plusieurs tronçons produit autant d'individus entiers qu'il y a de tronçons ! Que deviennent alors, pour ce ver, les notions de "réalité existentielle vécue" heurtant le "vécu" emmagasiné dans l'organisme depuis la naissance du sujet, puis le "stress" aliénateur irréversible et l'hostilité de l'environnement ? (p33)

Il remarque, après bien d'autres, qu'il y a une incompatibilité apparente entre cancer (maladie physique à base de tumeurs) et psychose (maladie psychique à base de délires). Mais aussi que les tuberculeux ou les diabétiques, par exemple, ont rarement des cancers (mais les essais de thérapeutiques du cancer sur la base de ces constats ont échoué). Sa conclusion :

On n'a nul besoin de présenter plusieurs maladie à la fois, car généralement une seule suffit pour satisfaire les exigences de l'inconscient du patient. (p48)

Il n'était pas le premier à postuler un déterminisme au moins en partie psychique du cancer (voir quelques exemples)

Pour vérifier sa thèse, il a étudié statistiquement les cancers survenant au sein des communautés monastiques masculines et féminines, dans toute la France. L'environnement, le régime alimentaire, l'activité, etc. étant strictement les mêmes, pourquoi le cancer frappe-t-il telle personne et pas telle autre ? 

(...) Une autre tourière qui souhaitait sortir de son carmel se le vit interdire par la supérieure d'une façon irrévocable. La religieuse était condamnée à demeurer, selon l'expression consacrée, "en clôture" tout le reste de son existence. Elle aussi perdit l'appétit, le sommeil et la gaîté qu'on lui connaissait jusqu'alors. Un peu moins de douze mois plus tard, elle présenta un cancer du foie dont on ne put la guérir.
En conflit avec son père parce qu'il s'opposait à son entrée au couvent, une jeune femme, Isabelle B., était néanmoins devenue carmélite. Trois ans plus tard, ce père déçu "mourait de chagrin" ainsi qu'il me fut affirmé. Dès le moment où Isabelle B. comprit que cette mort était sans doute imputable à la rupture d'avec son père et à sa désobéissance, elle perdit toute appétence pour la vie et "fit" un cancer. (p23)

Plus globalement, il fait remarquer que le cancer frappe d'autant plus les religieux et religieuses cloitrés que la règle (selon la région ou l'ordre) est plus sévère.

Je signale que le taux de 43,7 % de cancers chez les cloîtrés se situe dans un monastère de clarisses à Bastia.
Et je signale aussi que, chez les religieuses, le cancer du sein atteint l'énorme pourcentage de 33,33 % alors que ce pourcentage se limite chez l'ensemble de la population féminine à 13,5 % seulement.
Là encore c'est l'organe sexuel qui ne sert plus à rien qui se cancérise.
Le larynx peut également somatiser un conflit et l'exemple des religieuses présentant 9 % de cancers du larynx par rapport à tous les cancers féminins, alors que cette localisation est rarissime chez les laïques, est assez significatif.
Le larynx est l'organe de la parole et la loi dite de silence des couvents cloîtrés peut expliquer que cet organe devenu le vecteur d'un interdit puisse finalement se cancériser ! (p18)

On dit couramment que fumer est moins grave si on n'"avale" pas la fumée. Pour lui, les statistiques disent le contraire, ce qu'on aura du mal à concilier avec une explication purement organiciste (le cancer causé par les composants cancérigènes du tabac et rien d'autre).

Il semble a priori étrange que, chez les inhaleurs, les taux se rejoignent tout en étant paradoxaux, qu'il s'agisse de cancers du poumon ou de la poitrine !
Mais, dans l'ensemble, les cancers du poumon sont beaucoup plus fréquents chez les non-inhaleurs ! L'explication fournie est que "le trait caractéristique" du patient cancéreux du poumon est la pauvreté de la décharge émotionnelle que cette inhalation est parfois supposée provoquer (Kissen).
S'il était vrai que le cancer fût le seul résultat d'une intoxication par le tabac cancérigène, on aurait logiquement des scores opposés ! (p59)

 Il s'appuie largement sur les travaux et constats antérieurs de ses confrères :

Il [un certain Professeur Tatossian] s'est aperçu que le syndrome existentiel du cancéreux se rapproche de celui des internés des camps de concentration. On trouve, dans ces syndromes, deux constantes : l'amorphisme et la rareté des suicides.
L'analogie entre l'univers du cancéreux et l'univers du camp de concentration est une "essence". Dans les deux cas, les individus vivent dans un monde qui est un autre monde. Car si l'interné est puni et surveillé par des gardiens, ce qui l'oblige à se méfier d'eux et à subir son sort en espérant s'en tirer au plus vite, le cancéreux tout au contraire obéit à ses "gardiens" intérieurs qui le traquent obsessionnellement.(p61)

Un Américain, le Dr Simonton, obtient des rémissions spectaculaires chez les cancéreux en utilisant la relaxation et l'imagerie mentale.
Je ne sais pas sur quels principes repose sa thérapeutique ni si elle est assise sur des bases psychologiques solides, mais l'univers du malade est, semble-t-il, normalisé pour un temps par sa méthode.
Je crois qu'il est possible, pour les cancéreux qui ne sont pas parvenus au stade le plus avancé qui est alors sans espoir (à moins de les convaincre d'aller à Lourdes s'ils y sont réceptifs), de créer des centres psychagogiques. (p63)

J'ai eu, en 1973, un entretien avec un psychanalyste de Lyon. Il approuva mes conclusions et, au fur et à mesure que je lui exposais mes résultats selon les régions en insistant sur les grandes différences qui existaient entre le Nord et le Sud, les attribuant à l'éthologie, il fut immédiatement de mon avis et devina que je rendais l'instance surmoïque responsable.
Il me répondit alors ceci : "Supposons que l'on découvre un jour un moyen de guérir les cancéreux et que cette découverte soit de notoriété publique, le résultat sera qu'au bout d'un certain temps, lorsque tout le monde saura cela avec certitude les gens ne feront plus de cancers !" Il ajouta : "Une autre maladie apparaîtra sans nul doute, mais quoi, c'est ce que nous ignorons totalement !" (p64)

Le cancer se serait-il déjà substitué à une autre maladie devenue curable ? L'auteur suggère fortement que c'est le cas de l'hypertension. Puisqu'il considère globalement le cancer comme une maladie psychosomatique, il ne peut que s'intéresser aux maladies reconnues généralement comme telles. En général, elles ne sont pas mortelles. Une relative exception, l'hypertension précisément, qui peut amener un accident vasculaire fatal si elle n'est pas traitée. Mais...

La femme hypertendue à 45 ans réagit contre un "devenir existentiel" pénible. Si l'on bloque sa réaction d'alarme et son cri d'angoisse exprimé par le système vasculaire, on lui interdit de s'exprimer organiquement. C'est alors un autre type de réaction qui se déclenche, chez les sujets qui deviennent cancérisables, et l'analogie considérable qui existe chez le cancéreux et l'hypertendu oblige ce dernier à faire "un cancer" si l'on neutralise le symptôme qu'il avait choisi, évidemment sans le désirer consciemment, pour s'exprimer. Il m'est possible de signaler un sujet qui, soigné vers les années 1937-1939 pour hypertension artérielle avec du Micelliode que l'on prescrivait couramment à cette époque, ainsi qu'au moyen de saignées par truchement de sangsues médicinales, vit sa tension artérielle tomber, mais fit rapidement un cancer prostatique. (p49)

Ce qui suggère qu'on devrait se demander si tel médicament considéré comme cancérigène l'est directement ou parce qu'il traite efficacement un trouble alternatif...

Que préconisait-il ? Au moment où il écrivait, le freudisme dominait la psychologie. C'est moins vrai aujourd'hui (et semble-t-il de moins en moins), mais lui ne le remettait pas en cause. Cela relativise ses préconisations. A mon humble avis, et on en pensera ce qu'on voudra, il y aurait de meilleures perspectives avec une approche revendiquant une efficacité sur les psychoses, comme l'Analyse Transactionnelle ou Palo Alto. Pour lui, donc, il convient de :

1. Savoir à partir de quel choc, perçu comme irréversible, le cancer s'est développé ou plutôt s'est cliniquement manifesté.
2. Etudier dans le passé du malade vers quelle date, vers quel âge (en général vers 5 ou 6 ans) des stress précis et les fantasmes y afférents ont pu amorcer un blocage, un appel au mutisme, au repli sur soi reposant sur un rejet de l'entourage concernant sa propre personne.
3. Laisser le malade prendre conscience de l'importance de son émotion-choc, et comprendre comment il y a réagi, soit dans le domaine social, soit par contact avec les événements ou les éléments électivement déterminants (pour lui).
4. Etudier le degré de capacité fantasmatique du sujet, car parfois cette capacité n'atteint pas un degré intense. Toutefois, dans les faibles pourcentages de cancéreux sans jeunesse très perturbée, il faut tenir compte de la possibilité de fantasmer d'une manière négative, autopunitive à la suite de stress précis du candidat au cancer.
5. Le malade doit parvenir à neutraliser ses tendances négatives, s'apercevoir qu'il n'est ni puni par Dieu, par la société, par son propre comportement, mais victime de son comportement autopunitif, autodéfensif, réactionnel et des affabulations qui l'ont motivé sans qu'il ait pu s'en apercevoir clairement. (p66)

Andrillon, 2008, (téléchargeable sur www.alasanteglobale).




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