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#A mort et à mains nues [nouvelles]

Elle fait partie des Nouvelles (plus ou moins) grinçantes, éditées sous le nom de Jean Spin chez Edilivre (NB ce n'est pas un compte d'auteur, je peux produire le contrat si on en doute). On peut déjà commander chez eux : http://www.edilivre.com/nouvelles-plus-ou-moins-grincantes-231203f3f5.html On comprendra que je ne laisse ici que le début :

A mort et à mains nues

 

― Se battre, à mains nues forcément, ce n'est pas la meilleure solution. Des fois, il y a deux morts à la sortie. Le survivant peut se retrouver très amoché, dans un cas il avait les deux yeux crevés. Une autre fois, un gars a cru qu'il avait fini son opposant, il a appelé. Les superviseurs sont venus, ils se sont rendu compte que le supposé perdant respirait encore, et même ils ont pu le sauver. Il est toujours là, avec de sérieuses séquelles mais vivant. Et donc, application stricte du règlement, ils ont fait mourir celui qui se croyait vainqueur. Conclusion, il vaut mieux se mettre d'accord. Et assure-toi bien de ma mort avant de la signaler par l'interphone.

Qu'est-ce que je fais dans cette pièce fermée, sans fenêtre, sans aucun mobilier, avec juste un néon inaccessible ? Qu'est-ce que c'est que ce cinglé qui ne porte, comme moi, qu'un caleçon ? J'étais venu interviewer un chef d'une société secrète, pour mon journal. On m'assurait que toutes les garanties avaient été données. Et il continue :

― Si tu te laisses gentiment tuer, je te promets d'abord de te faire souffrir le moins possible, ensuite de transmettre à qui tu voudras les messages que tu peux vouloir transmettre. J'ai une très bonne mémoire. Je peux même payer tes dettes jusqu'à un certain point, ou faire dire des messes pour toi, ou l'équivalent pour ta religion quelle qu'elle soit, ou faire mourir les gens que tu voudrais faire mourir.

― Arrête tes conneries !

Et pourtant je commence à croire que c'est sérieux. Peut-on simuler à ce point un regard aussi meurtrier ? Enfin, je n'avais jamais vu de regard vraiment meurtrier, mais je n'avais jamais vu ça non plus. On m'en avait parlé, de cette coutume délirante, monstrueuse, criminelle, mettre deux hommes dans la même pièce, sans nourriture, sans eau, jusqu'à ce que l'un des deux, n'importe lequel, soit mort, l'autre accédant alors à une catégorie supérieure. Il y a de sinistres histoires de disparitions de personnes. Je devais poser une question là-dessus, je m'attendais à apprendre que c'est une abjecte calomnie. Et je m'appuie contre le mur, au moins il ne me prendra pas par derrière, et j'essaie de me rappeler du karaté de ma jeunesse. Il n'est pas agressif, juste un peu surpris. Il demande :

― Enfin, tu n'es pas venu par hasard, tu connaissais l'enjeu�

― Je jure que non ! C'est un épouvantable malentendu !

Il se montre déconcerté, et puis il semble l'admettre. Va-t-on me libérer avec des excuses ? Mais ne suis-je pas déjà un témoin plus que gênant ?

― Ah ? Ça, c'est possible. Ce ne serait pas la première fois. Tiens, le chef, celui qui a prononcé les paroles d'usage, il était venu par erreur. Il avait un rendez-vous avec une fille, il s'est trompé de porte. Il a quand même tué son opposant, et par la suite il a gravi les échelons. Il commande l'organisation pour toute la ville, en attendant de monter encore plus haut. Enfin, si on ne le tue pas. Mais, même si c'est un malentendu, il doit aller au bout, un de nous deux doit mourir. Ou alors les deux, mais avoue que ce serait con. On a quelques heures pour ça, on peut discuter le coup avant. Ce serait dommage que le survivant garde un mauvais souvenir de l'autre. Moi, c'est Karl. Et toi ?


 



28/05/2013
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