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Pourquoi je ne suis pas chrétien (Bertrand Russell)

C'est bien sûr une charge virulente contre le Christianisme, en insistant lourdement sur la morale, ce dont on pensera ce qu'on voudra.

J'affirme, en pesant mes termes, que la religion chrétienne, telle qu'elle est établie dans ses églises, fut et demeure le principal ennemi du progrès moral dans le monde.

Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage ; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l'enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants.

L'Eglise fit ce qu'elle put pour que la seule forme de sexualité admise entraînât très peu de plaisir et beaucoup de souffrance.

Ce qui m'a surtout frappé est la citation suivante, reprise par Ibn Warraq dans Pourquoi je ne suis pas musulman :

Dès qu'il est reconnu qu'une croyance, et peu importe laquelle, est importante pour toute autre raison que d'être vraie, alors on s'expose aux pires abus. Le contrôle de l'appareil judiciaire en est le premier, mais d'autres sont sûrs de suivre. Les emplois de direction seront réservés aux personnes qui présentent toutes les garanties d'orthodoxie. Les documents historiques seront falsifiés s'ils remettent en cause les opinions reçues. Tôt ou tard, toute déviance sera considérée comme un crime et sera sanctionnée par le bûcher, les purges ou les camps de concentration.

Aujourd'hui il faudrait ajouter "ou l'égorgement bismillah-i-rahman-i-rahim".

Michel Servet, que j'aime bien (voir la page que je lui ai consacré), resté grosso modo chrétien quant à lui, soutenait que c'était à cause du dogme absurde de la Trinité que le Christianisme était devenu à ce point liberticide. Et le fait est que :

381 : imposition du dogme de la Trinité au deuxième Concile de Constantinople.
385 : premières condamnations à mort et exécutions de chrétiens pour hérésie au nom du Christianisme (Priscillien et ses disciples).

L'équivalent pour l'Islam en est le dogme du Coran incréé, qui revient à associer à Dieu un texte qui dit que l'on ne doit rien associer à Dieu. Et on note que la période brillante et civilisatrice de l'Islam correspond justement, en gros, à la domination de la tendance mutazilite, qui rejetait ce même dogme pour cette même raison.

Si n'importe qui peut s'interroger ouvertement sur le bien-fondé d'un tel dogme, si n'importe qui peut se trouver à l'improviste confronté à une telle remise en cause, il devient très inconfortable de baser sa foi sur ce même dogme. Et encore plus inconfortable pour le clergé, ou les spécialistes du culte quels qu'ils soient, d'encadrer leurs fidèles. Par ailleurs, une religion ne se réduit ni à des croyances, ni à des observances, ni au bien qu'elle fait, ni au mal qu'elle fait. C'est un ensemble qui a besoin de stabilité. Donc il va falloir réprimer sérieusement, efficacement, de tels questionnements.

L'expérience montre que c'est alors l'ensemble du progrès de la connaissance, y compris scientifique, qui se trouve gravement entravé...



02/07/2011
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