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Paul et Virginie (Bernardin de Saint-Pierre)

Imaginez un navire, du temps de la marine à voile, qui vient de heurter des récifs, qui va couler d'un moment à l'autre. Heureusement, la terre, sa destination, est en vue, tellement proche que des gens y assistent au naufrage et qu'on peut se parler de l'un à l'autre. Donc il est facile de se sauver à la nage. Il ne reste plus que deux personnes à bord, une jeune fille et un marin. Elle, c'est Virginie, l'héroïne, qui a gagné l'affection et l'admiration de tout le monde pour sa beauté, sa bonté et sa vertu. Lui, c'est un brave gars qui éprouve pour elle les mêmes sentiments que tout le monde, donc il veut la sauver et rien d'autre. Il sait nager, elle non. Il peut l'emmener facilement car il est "nerveux comme Hercule". Mais pour cela elle doit impérativement enlever son encombrante robe à armatures. Il n'y a rien dessous. Lui est déjà tout nu. Alors ?

Il s'approcha de Virginie avec respect : nous le vîmes se jeter à ses genoux, et s'efforcer même de lui ôter ses habits ; mais elle, le repoussant avec dignité, détourna de lui sa vue. On entendit aussitôt ces cris redoublés des spectateurs : "Sauvez-la, sauvez-la ; ne la quittez pas !" Mais dans ce moment une montagne d'eau d'une effroyable grandeur s'engouffra entre l'île d'Ambre et la côte, et s'avança en rugissant vers le vaisseau, qu'elle menaçait de ses flancs noirs et de ses sommets écumants. À cette terrible vue le matelot s'élança seul à la mer ; et Virginie, voyant la mort inévitable, posa une main sur ses habits, l'autre sur son coeur et levant en haut des yeux sereins, parut un ange qui prend son vol vers les cieux.

Sur le rivage, il y a aussi l'amant de Virginie, Paul, qui va bientôt mourir de douleur.



23/07/2010
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