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Le condamné à mort (Jean Genet)

C'est un long poème, écrit en prison. Un poème d'amour, homo. A la fois très classique dans la forme, souvent pornographique :

Et c'est pour t'emmancher, beau mousse d'aventure,
Qu'ils bandent sous leur froc, les matelots musclés.
Mon Amour, mon Amour, voleras-tu les clés
Qui m'ouvriront le ciel où tremble la mâture...

Mais aussi déchirant :

Un pauvre oiseau qui meurt et le goût de la cendre,
Le souvenir d'un oeil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l'azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.

Et surtout morbide :

Voler voler ton ciel éclaboussé de sang
Et faire un seul chef-d'oeuvre avec des morts cueillies
Cà et là dans les prés les haies, morts éblouies
De préparer sa mort, son ciel adolescent...

Avec parfois comme une apologie, une délectation du crime :

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer
Impassible et cruel, visible malgré l'heure
Dans le geste imprécis d'une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout devant son regard clair.
(...)
O viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair tue, escalade mords,
Mais viens ! pose ta joue contre ma tête ronde.

Et dans le poème suivant du même recueil, La galère :

Voyage sur la lune ou la mer je ne sais
Harcamone au cou rose entouré d'un lacet.
O ma belle égorgée au fond de l'eau tu marches
Portée à chaque pas sur tes parfums épais.

S'il n'avait été en prison au moment où il rédigeait ces vers, on peut se demander si ses amants d'un soir n'auraient pas été gravement en danger de mort...



29/04/2010
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