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Guérisons remarquables (Caryle Hirschberg et Marc Ian Barrasch)

Ou "extraordinaires" ou "miraculeuses". Les auteurs expliquent qu'ils ont hésité entre ces termes. Il y est principalement (mais pas seulement) question de cancer. Le tout début : 

Il n'existe pas de publication médicale consacrée à l'étude des guérisons remarquables, ces cas étranges où une maladie comme le cancer, même en phase terminale, disparait pour ainsi dire magiquement. Il n'existe pas de cours, dans les écoles de médecine, où l'on explique comment, dans certaines circonstances non reproductibles, une tumeur maligne s'efface de l'image tomographique (...) il n'existe pas d'archives nationales des rémissions qui permettraient d'étudier les guérisons inexpliquées. [p15]

Le tout début... des auteurs. Avant, dans la préface du Dr Larry Dossey :

Einstein, l'un de plus grands savants de notre temps, a dit : "L'imagination est plus importante que le savoir". L'imagination précède le savoir. Elle indique au savant où chercher les éléments de réponse à ses questions les plus rebelles et plante le décor de l'expérimentation. En ignorant les guérisons remarquables, nous l'avons trahie. La Nature semble nous crier : "Un trésor est enfoui ici. Creusez !" Mais nous n'entendons là que du bruit, nous avons laissé l'étroitesse d'esprit et la myopie remplacer l'émerveillement et le respect. [p8]

Un exemple, rapporté en 1910 :

Il y était question d'un cancer des amygdales, de la gorge et du larynx tellement avancé qu'il provoquait "une suppuration fétide" au niveau de la gorge. Incurable... [p35]

Moyennant quoi (c'est le médecin qui raconte) :

Je lui ai dit qu'on ne pouvait plus rien faire sinon lui donner un traitement antidouleur et qu'il ne vivrait pas plus de quelques mois... Un an et demi plus tard, le patient est venu me voir. Je ne l'ai pas reconnu et, quand il m'a dit son nom, j'ai été frappé de stupeur car je le croyais mort. Il était en parfaite santé et il ne lui restait de la tumeur que des tissus cicatriciels lisses. Il m'a raconté qu'en rentrant chez lui il avait mis ses affaires en ordre, que la suppuration et les douleurs avaient cessé peu après, et que la tumeur avait commencé à disparaître. [p35] 

Car ces guérisons sont dûment enregistrées. Toutefois les auteurs déplorent, on peut même dire dénoncent, un manque de renseignements, d'enquêtes. Le mal s'est résorbé inexplicablement... et puis c'est tout. Exemple : 

Le bref compte rendu de  son cas [un certain M. DeAngelo], rédigé par Rosenberg [son cancérologue] en 1972, dénote une absence de curiosité aussi totale que confondante : "Aucune tumeur ou autre masse n'a été trouvée dans l'abdomen" dit-il simplement. "Aucune adénopathie à la palpation". Plonger dans les annales médicales du miracle, c'est découvrir, article après article, une sécheresse désertique. Le fait que les patients aient une personnalité, des relations, un mode de vie particuliers, n'est pas à prendre plus en considération, semblent dire les auteurs, que la coquille de l'huître qui couve accidentellement une perle à l'orient parfait. [p17]

Une explication en passant donnée par le médecin d'une "miraculée "(miracle ayant servi à la canonisation d'Elizabeth Seton) : 

Le "miracle" de Anne O'Neill - la guérison de sa leucémie attribuée à Mère Seton - n'a jamais fait l'objet d'un article. L'hématologue Milton Sacks qui s'est occupé d'elle dit à un reporter du Washington Post, en 1993 : "Si je n'ai rien dit ni rien écrit, c'est que j'ai eu peur". [p155] 

C'est pourquoi ils sont allés retrouver ces miraculés, ou leurs proches, pour en savoir plus.

Parmi les gens que nous avons interrogés, tous n'avaient pas un caractère paisible, aimant, confiant. Certains étaient carrément méchants. Mais il est une qualité que nous retrouvions très souvent et que l'on peut qualifier de "congruence" - cette faculté, face à une épreuve, de se révéler très honnêtement à soi-même, d'aller puiser au plus profond de son être l'essence de ses comportements. Et nous avons découvert avec plaisir qu'un collègue de Rotterdam, le docteur Johannes Schilder, avait choisi le même mot en conclusion d'une étude portant sur sept cas de rémission spontanée. Les patients étaient sortis de l'épreuve, écrit-il, avec "une plus forte congruence entre émotions, cognition et comportements". [p165]

Exemple :

Marty [un des miraculés retrouvés] possède une autre qualité souvent associée à la survie : la sociabilité. Il sait puiser le réconfort dans sa relation avec les autres. Marty est un homme de contact, toujours prêt à blaguer et à rire. "J'étais copain avec toutes les infirmières et les techniciens radiologues. En fait, je m'amusais presque tout le temps". Il se lie aussi d'amitié avec les autres malade, bien qu'il soit frappé par la résignation de certains. "Il suffisait de les regarder pour savoir lesquels allaient mourir. Ils avaient baissé les bras et accepté la sentence prononcée par les médecins. [p203] 

Comme j'ai cru bon de le souligner ici ICI, si un traitement peut avoir un effet placebo ou nocebo (limité, sinon on pourrait remplacer toute la médecine par la méthode Coué, mais non négligeable), un diagnostic et un pronostic doivent ni plus ni moins en avoir un.

Les médecins doivent-ils être "négatifs" pour ne pas prendre de risques [faux espoirs faisant renoncer au traitement] et éviter de fourvoyer leurs patients ? Beaucoup le croient. Mais ils ne devraient pas oublier qu'une suggestion négative peut avoir des conséquences fatales. Il n'est pas rare en effet que des patients meurent exactement dans le délai fixé par le médecin en fonction des statistiques. Et les exemples abondent de malades décédés en apprenant une mauvaise nouvelle ou parce qu'ils ont interprété négativement un commentaire désinvolte de leur médecin. [p9]

Les guérisons de Lourdes et d'ailleurs (y compris dans des cadres religieux très exotiques) ne sont pas ignorées. Sur le cas emblématique de Vittorio Michelli (guéri en 1964 d'un ostéosarcome qui lui avait détruit une partie du bassin dont le col d'un fémur, et qui a pu par la suite retourner à Lourdes comme brancardier...) :

[Il] parle d'une sensation de chaleur qui s'est propagée dans tout son corps dès qu'il est entré dans l'eau pourtant froide de la source. [p142]

Ce qui est corroboré, jusqu'à une sensation de "brûlure", par d'autres cas (non homologués) de guérisons à Lourdes. Nous apprenons dans la foulée qu'Hippocrate parlait déjà de cette sensation lors de guérisons par imposition des mains. Une sensation de chaleur n'implique pas forcément une élévation physique de la température, mais montre quand même que ce n'est pas purement "psychique".

Dans le journal d'une rescapée, qui avait d'abord envisagé le suicide si la souffrance devenait insupportable :

Non, pas question de mourir comme le disent les docteurs. Je refuse de m'installer dans la salle d'attente de la mort, je refuse d'organiser mes funérailles. Je ne fais pas partie de ces gens dont parlent les statistiques. Même si 999 999 meurent, je suis l'exception, la personne sur un million qui s'en sort. [p182]

Suffirait-il donc de "refuser" et basta ? On sait que la phase de refus, de révolte, fait partie du travail de deuil, que si ça marchait à tous les coups ça se saurait. Autre extrait du même journal :

"Allô, allô ? Où es-tu ? Je ferme les yeux et j'essaie d'entrer en contact avec le bureau de mon système immunitaire. "Pourquoi es-tu sur la liste rouge ? Tu - mon corps - es en train de faire une énorme bêtise. Les docteurs appellent cette bêtise léiomyosarcome et ils n'ont ni secret ni médicament pour nous aider. Si nous n'y remédions pas par nous-mêmes, nous sommes fichus". [p183]

Mais aussi, elle se bat, à sa façon (les diverses façons individuelles de se battre décrites dans l'ouvrage ne permettent pas de tirer des règles universelles) :

Elle emprunte la luge des enfants pour glisser le long des pentes neigeuses derrière la maison. Elle fait des régimes de vitamines et, sur les conseils d'un "vieux hippie", boit de l'eau du système d'osmose inversée offert par son mari. (...) Elle évite les gens qui "dégagent des mauvaises vibrations", cesse de regarder les informations ("le monde parait trop cruel") et décide de pardonner à Ronald Reagan toutes ses erreurs politiques ("il ne faut pas garder de rancoeur, ça vous dévore à l'intérieur")... [p184]

Autre résultat de l'enquête : 

Dans notre questionnaire, nous avions prévu une question - "Avez-vous déjà vécu des expériences (physiques, psychiques, spirituelles) pour lesquelles il n'existe pas d'explication rationnelle ?" - qui devait nous permettre de voir si les expériences "étranges" décrites par certains de nos interlocuteurs étaient fréquentes. Or nous avons eu la surprise de constater que presque 60% des sujets répondaient par l'affirmative. [p187]

Et donc un peu plus de 40% par la négative... pas de règle absolue là non plus, juste une tendance.

On retrouve, sans surprise, ce que signalent la plupart de ceux qui postulent un déterminisme au moins en partie psychique du cancer, mais avec bien sûr quelque chose d'autre puisqu'il y a guérison :

Schilder [médecins passionné par la question, il y en a quand même...] commence par étudier sept cas de rémission spontanée chez des patients atteints d'un cancer. Il découvre que tous ont eu une "fracture" dans leur vie qui semble resurgir dans le creuset d'une maladie mortelle. La chose se produit quand un "événement mobilisateur" les "pousse à bout", les "remettant en contact avec une chose essentielle" et les rendant plus "autonomes". Ce qui semble aux yeux des autres constituer une transformation radicale d'eux-mêmes. Comme le dit un de ces patients : "Je me suis réintégré". [p191]

D'une autre, sur l'aspect émotionnel régulièrement invoqué :

Le cancer, nous dit-elle, a catalysé la redécouverte de ses émotions, l'a conduite, lentement, timidement, vers une nouvelle vie du coeur. Dans une série d'essais sur son voyage intérieur, elle écrit, comme s'il s'agissait d'une découverte clinique : "Pleurer est une réaction normale de l'être humain à diverses émotions allant de la compassion à la tristesse. C'est un acte que la société n'apprécie guère car il est presque toujours considéré comme l'expression d'une faiblesse". [p291]

Le dernier chapitre s'intitule Vers une nouvelle médecine. La conclusion (optimiste ?) : 

La médecine, qui fut le joyau d'un scientisme réductionniste, est en train de s'ouvrir à une vision inattendue de l'esprit humain. Après notre incursion dans le monde de la guérison remarquable, nous croyons voir se rapprocher ce moment décrit par Claude Bernard, père de la physiologie moderne : "J'ai la conviction, écrit-il, que quand la physiologie sera assez loin avancée, le poète, le philosophe et le physiologiste se comprendront tous". Leur langage commun sera peut-être celui du "système de guérison". Alors, l'étude des guérisons remarquables aura vraiment commencé. [p311]

Robert Laffont, 1996.



31/08/2014
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