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Ces animaux intelligents (Jean-Pierre Jost)

Le titre est clair, il s'agit de faire le point sur les performances cognitives les plus remarquables des primates, chiens, chats, rats, éléphants, cétacés, oiseaux, mollusques (et fourmis pour l'"intelligence collective").

C'est de la vulgarisation, qui donne parfois dans l'anecdote pas forcément référencée :

La faculté de certains perroquets à communiquer avec les humains s'est avérée plus d'une fois utile. Ainsi, un perroquet gris d'Afrique s'était échappé et s'égara dans une grande ville. Quelques jours plus tard il fut capturé par la société de protection des animaux. Ce perroquet qui était très loquace ne cessa de répéter le nom et l'adresse d'une certaine personne. Après vérification, il s'avéra que c'était bel et bien le nom de son propriétaire qui avait eu la sage idée de lui enseigner l'adresse de son domicile. (p87)

En Afrique australe, les éléphants des parcs nationaux sont séparés des champs cultivés par des clôtures electrifiées. Ils sont inévitablement attirés par ces cultures et pour y accéder ils n'hésitent pas à briser les clôtures en y jetant de grosses pierres.

En Asie, on attache parfois une clochette autour du cou de l'éléphant domestique afin d'avertir le paysan s'il s'approche des cultures. Ces fruits défendus sont irrésistibles, alors pour ne pas faire tinter la clochette lors de ses raids nocturne, il la bourre d'argile. (p61)

Mais il y a aussi de la théorie sérieuse :

Selon de récentes expériences, le rat a connaissance et conscience de ce qu'il sait et de ce qu'il ne sait pas (métacognition). (p79)

L'expérience de A. L. Foote et J. D. Crystal (2007) commence de façon banale. Le rat est invité à appuyer sur un levier ou un autre selon qu'un signal sonore est court ou long. Il a une récompense s'il trouve juste, rien s'il trouve faux, une demi-récompense s'il n'agit pas. On fait en sorte que la différence, évidente au début, soit de moins en moins nette, jusqu'à être imperceptible. On constate alors que le rat s'abstient.

Dans ce cas, s'il choisit de poursuivre l'expérience et qu'il active au hasard les leviers a ou b, il a 50% de chances de recevoir une récompense. En revanche, s'il décide d'abandonner l'expérience, il est certain d'être gratifié de quelque chose et c'est précisément ce que le rat fait dans ce cas. Il doit se dire : "Je ne connais pas la réponse correcte, ainsi il vaut mieux s'assurer d'une récompense si petite soit-elle que de risquer de ne rien recevoir en activant au hasard un des deux leviers". (p80)

Les expériences conduites par L Herman ont apporté la preuve que les dauphins sont en mesure de comprendre des phrases signées, constituées de quatre mots et verbes tels que "planche de surf - à droite - ramener - frisbee", ce qui signifie que le dauphin réagit aux signaux en suivant l'ordre dans lequel ils sont présentés, cela suggère qu'il est à même de généraliser des règles de grammaire élémentaires. (p47)

Et cette assertion de K. W. Levasseur dont je donne la référence telle que reproduite (traduite de l'anglais) : courrier CFN (2003), à propos de l'usage militaire des dauphins...

Mon meilleur pronostic est que dans un proche futur, nous pourrons prouver que la plupart des espèces de cétacés disposent d'une intelligence équivalente ou supérieure à celle d'un humain adulte. (p55)

Certaines facultés qu'on avait pu croire réservées à l'Homme, puis aux primates, s'étendent peu à peu :

Le test du miroir imaginé par Gallup fut de même appliqué aux pigeons. Epstein et ses collègues avaient placé un petit disque de couleur sur la poitrine de l'oiseau que celui-ci ne pouvait distinguer qu'en se regardant dans un miroir. Après avoir considéré sa propre image et celle du point bleu dans le miroir, il tenta de l'enlever à l'aide de son bec. Ce niveau de performance égale celui des humains (à partir de 18 à 24 mois), des primates, dauphins, éléphants, perroquet gris d'Afrique et quelques corvidés. (p112)

En 1999, on étudia un chien allemand du nom de Rico, qui avait mémorisé 250 noms d'objets et pouvait les ramener sur simple demande, avec 92% de réussite, en évitant l'effet "Hans le malin" (voir http://pagesperso-orange.fr/daruc/intanim/hans.htm). En outre :

La capacité de ce chien à apprendre le nom d'un nouvel objet, qu'il voit pour la première fois, fut également testée de la même façon. L'expérimentateur place dans la pièce voisine sept jouets dont six sont connus du chien. Le maitre demande ensuite à Rico de lui ramener l'objet inconnu. Rico considère tout d'abord attentivement les sept jouets pour prélever et ramener à son maitre celui qu'il n'a jamais vu, dont il ne connait pas le nom et c'est avec une réussite de 70% qu'il accomplit cette tâche. (p68)

L'ouvrage ne manque pas de rappeler qu'on est parti de l'animal-machine de Descartes, repris par les behavioristes, tel stimulus, telle réponse, automatique. On apprend au passage qu'un chimpanzé connu a été nommé Nim Chimpsky en référence ironique au linguiste Noam Chomsky, connu pour rejeter toute révision à la hausse des capacités de communication des animaux (voir L'école des chimpanzés).

Que l'on compare seulement les résultats obtenus par deux laboratoires qui ont testé indépendamment le même chimpanzé. Dans le premier cas, l'animal incarcéré en solitaire souffrait d'une détérioration mentale progressive qui se répercuta de façon manifeste sur les résultats obtenus, tandis que placé dans un contexte social, en compagnies d'autres congénères, les progrès et résultats de ses capacités cognitives furent impressionnants ! (p132)

Cabédita 2010



30/09/2012
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