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Au nom de Dieu / On a tué le Pape... (David Yallop)

Si on a visité les autres articles de ce blog, on sait que je ne suis pas un inconditionnel de l'Eglise Catholique que je connais trop bien, y compris ses mensonges. Et donc a priori réceptif à un ouvrage qui entend démontrer que le Pape Jean-Paul Ier a pu être assassiné. Mais pas de chance, c'est un ouvrage complotiste typique, un cas d'école même, qui permet de décortiquer certains mécanismes.

Rappelons l'histoire : le 28 septembre 1978 le Pape Jean-Paul Ier (Albino Luciani) est trouvé mort, surprise totale, 33 jours seulement après son élection. La panique qui s'empare manifestement du Vatican alimente forcément moultes rumeurs. On avait oublié qu'un pape est un homme, et qu'on ne sait pas toujours qu'un homme approche de la mort. Mais y avait-il autre chose ?

Un extrait du livre :

La nouvelle [de la mort du Pape] commençait à se répandre dans le village du Vatican. Dans la cour proche de la banque du Vatican, le sergent Roggan rencontra l'évêque Paul Marcinkus. Il était sept heure moins le quart. Ce que le Président de la banque du Vatican, qui habite à la villa Stritch, via della Nocetta à Rome, et qui n'est pas réputé pour se lever tôt, faisait au Vatican de si bonne heure reste un mystère. La villa Stritch est à 20 minutes de voiture du Vatican.

Intrigant, non ? D'autant que Marcinkus est un des principaux suspects selon Yallop, ayant la haute main sur les finances du Vatican en liaison avec des banquiers mafieux et la loge P2 de sinistre réputation. Sauf que l'intéressé n'a eu aucun mal à expliquer le "mystère", et son explication est aisément vérifiable : résidant donc en effet hors du Vatican, il arrivait non pas exceptionnellement mais tous les jours avant l'heure au bureau. Pourquoi ? Pour échapper aux embouteillages...

Un autre problème est que Marcinkus n'est pas le seul suspect épinglé par Yallop, et qu'il en reste à la suspicion et aux procès d'intention sans preuve formelle. Autre suspect, le secrétaire du Pape, le cardinal français Jean Villot (figurez-vous que ce brave homme m'avait confirmé et que du haut de mes 11 ans je l'avais trouvé sympathique). Son mobile ? Le Pape aurait paraît-il voulu le mettre à la retraite d'office. Outre que les preuves manquent de cette intention, Villot a effectivement pris sa retraite, à sa demande autant qu'on puisse le savoir, aussitôt après la mort de Jean-Paul Ier...

Autre suspect encore, le cardinal John Cody, de Chicago, notoirement pourri et qu'on essayait parait-il de mettre sur la touche. Mais c'est quand même un peu court. Par contre, cela aide à vendre le livre en Amérique...

Autre surinterprétation, Yallop prétend que la santé du Pape était excellente à quelques nuances près, donc qu'une mort naturelle soudaine est invraisemblable. Sauf que ces nuances, que pourtant il détaille, suffisent à invalider son assertion. Luciani avait eu, deux ans auparavant, un accident vasculaire à un oeil, sans gravité, et il souffrait chroniquement de chevilles enflées. Ce qui aurait dû suffire à laisser prévoir un autre accident vasculaire, imprévisible, et qui pouvait, de façon aléatoire, se révéler bénin, grave ou fatal.

Yallop contredit la plupart des commentateurs en prétendant que ce pape était sûr de lui, maîtrisait ses dossiers, savait ce qu'il voulait, etc. Il était pourtant notoirement terrifié et paniqué par une charge qu'il n'avait pas voulue. Avant d'entrer en conclave il s'était déclaré a priori "hors de danger" dans des lettres à sa famille. Il aurait voté jusqu'au bout pour le cardinal brésilien Lorscheider. Elu, il avait failli refuser, et sa désignation l'accablait. Il en était arrivé dit-on à fuir son secrétaire Villot, non qu'il ne l'aimait pas, non qu'il le suspectait des intentions que lui suppose Yallop, mais parce qu'il avait peur de le voir ouvrir encore de nouveaux dossiers. Par ailleurs, les journaux anticléricaux comme le Canard enchainé commençaient à se régaler de ses maladresses...

Yallop écarte donc le suicide, qui serait soit dit en passant plus ennuyeux que ce qu'il affirme. On avait eu des papes corrompus, fauteurs d'inquisitions et de croisades, se succédant de père en fils, ou prétendant interdire la vaccination au motif que la variole est un jugement de Dieu (Léon XII), mais un pape suicidé, pitié !

Pourtant, vu la détresse morale manifeste d'Albino Luciano dès son élection, et vu qu'il comptait paraît-il lui-même chaque soir les gouttes d'un médicament pas du tout anodin (et dès lors, un moment d'abandon est vite arrivé), comment l'exclure formellement ? Et cette perspective indicible suffit peut-être bien à expliquer la panique et les volte-faces au Vatican à la découverte du corps, pourquoi la perspective d'une autopsie a fait peur.

En définitive, le livre de Yallop n'est peut-être pas si hostile à la Papauté qu'il y paraît.        



19/09/2009
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