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Mohammed sceau des prophètes (Tabari, version Sindbad)

Plus précisément Tabarî ou Muhammad ben Jarîr Yazîd al-Imâm abû Ja'far at-Tabari (839-923), mais dans l'ouvrage en question il s'agit de Tabari (sur la couverture) et parfois, dans le texte, de Mohammed fils de Djarir. Il s'agit d'une traduction française (reprise par Sindbad, 1980) du dix-neuvième siècle. C'est une biographie classique du Prophète de l'Islam, enjolivée par rapport à d'autres plus anciennes (Sira...).

Un passage étrange se situe au moment de la prise de la Mecque par les forces musulmanes. D'abord :

Parmi les femmes qui avaient prêté serment, il y avait Molaïka, femme distinguée par sa beauté et dont le père, Dâwoud, fils de Malka (?), avait été tué lors de la prise de la Mecque. Le Prophète l'épousa. Celle de ses femmes qui était avec lui, Aïscha, ou, selon d'autres, Oumm-Salama, dit à Molaïka : Veux-tu gagner l'affection du Prophète ? - Je le veux bien, répondit-elle. - Eh bien, dit l'autre, lorsqu'il s'approchera de toi, dis-lui : Que Dieu me préserve de toi ! Elle fit ainsi. Le Prophète lui dit : Pourquoi demandes-tu cela, puisque je t'ai accordé ta grâce ? Et il la répudia.

Cela n'est pas mis en cause. La suite, par contre...

Mohammed, fils de Djarîr, rapporte que la femme du Prophète aurait dit à Molaïka : N'as-tu pas honte de prendre pour époux celui qui a tué ton père ? Mais il ne faut pas croire qu'une épouse du Prophète eût agi ainsi.

L'anomalie est bien sûr que celui qui rapporte ce qu'il "ne faut pas croire", c'est l'auteur de l'ouvrage ! Accessoirement, pour des raisons plus dogmatiques voire sentimentales qu'historiques. Tabari donne aussi tort à Tabari sur d'autres points. Ainsi, l'épisode de la prise de Khaybar : Ali y a bien pris part, il ne souffrait plus des yeux, comme Tabari le prétendait à tort selon Tabari, puisque le Prophète l'avait guéri par miracle. Egalement, c'est à tort selon Tabari que Tabari situe la conversion d'Abbas, oncle du Prophète, au moment de la conquête de la Mecque : il s'était converti en étant prisonnier des musulmans à Badr, donc sept ans auparavant, et là aussi on a une forme de miracle. Son neveu de Prophète lui aurait révélé des choses qu'il ne pouvait pas savoir. Mais alors pourquoi ne pas l'avoir dit de suite ?

L'explication, car il y en a une, est donnée tout au fond de la préface de Jacques Berque :

(...) la traduction qu'on a sous les yeux n'a pas opéré directement (...) sur la Chronique de Tabari, mais sur la version persane qu'en donna ultérieurement Abû'Alî Mohammed Bel'ami : des confrontations seraient ici nécessaires, auxquelles on m'excusera de ne pas m'arrêter...

Elles en valent pourtant la peine...

Tabari raconte aussi l'histoire dite des versets sataniques. Cette histoire, la majorité de ses confrères l'ignorent. Mais ils laissent parfois des allusions qu'on ne comprend plus (comme les fameux pieds sous la table dans de personnages liquidés entre-temps dans des photos de l'équipe de Staline). C'est le cas d'Ibn Hisham, qui a honnêtement prévenu qu'en reprenant la Sira d'Ibn Isaq (qui ne nous est pas parvenue dans sa première version) il a éliminé les passages pouvant troubler les croyants. Mais Tabari a trouvé pour cet épisode une interprétation qui, si on la croit, ne peut qu'être édifiante. Voir ICI.

Sindbad, 1980. 




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