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Le Trouvère (Cammarano, Baldare, Verdi)

Un opéra est souvent très mélodramatique, avec amours impossibles, suicide, folie, malédiction, haine, duel, etc. Car les situations doivent être claires, faciles à comprendre (le chant ne permet pas de saisir toutes les nuances des paroles) bien tranchées et contrastées. Celui-ci passe pour le plus caricaturalement mélodramatique. Mais c'était la norme. La Traviata, du même Verdi et composée en même temps, comme plus tard La Bohème puis Madame Butterfly de Puccini, commenceront par dérouter en se montrant largement aussi lacrymogènes, mais avec des situations plus plausibles.

Le Comte de Luna (baryton) aime à la folie Leonora (soprano), laquelle aime non moins à la folie un certain trouvère (au statut social composite : à la fois artiste, Bohémien, et chef de guerre) qui au moins l'aime en retour. Cela pourrait suffire, ce serait trop banal.

Ce trouvère, Manrico (ténor), apprend que celle qu'il croit être sa mère, Azucena (mezzo-soprano), ne l'est peut-être pas. Elle raconte à la veillée que sa propre mère a été brûlée comme sorcière, accusée par le père du Comte de Luna d'avoir ensorcelé son enfant (du Comte de Luna père, encore que...). Azucena raconte qu'elle a enlevé cet enfant pour venger sa mère, et puis a voulu le jeter au feu, mais qu'elle s'est trompée, qu'elle a brûlé son propre enfant. Manrico, logique (il y a aussi de la logique...), demande alors de qui il est le fils. Elle se reprend, lui assure qu'elle est bien sa mère, ne l'a-t-elle pas soigné avec le plus total dévouement dans telles circonstances ? Il n'insiste pas, et dès lors étonnez-vous que ces deux personnages soient suicidaires... il y a malgré tout une cohérence dans les comportements.

Et donc, puisque tant qu'à faire il y a guerre entre Manrico et le Comte de Luna, voici qu'Azucena s'en va trainer on ne sait pourquoi dans le camp ennemi, se fait prendre et reconnaitre. Un vétéran, Ferrando (basse), se souvient de l'affaire de l'enfant enlevé. Donc elle doit être brûlée vive comme sa mère. On se transporte dans le camp adverse où Manrico, l'apprenant, décide de voler à son secours. Il s'y prend mal puisque sans transition on le retrouve prisonnier en sa compagnie, tous deux voués à la mort.

Reste Leonora, qui l'apprenant à son tour s'en va implorer la grâce de son amant à son amoureux, le Comte. Pour l'obtenir, la grâce, elle promet de se donner à lui, le Comte bien sûr, après. Et, pour ne pas se parjurer et rester malgré tout fidèle à Manrico, elle s'empoisonne, un poison qui doit lui laisser juste le temps de prévenir son bien-aimé qu'il est sauvé. Ce dernier comprend, mais pas tout. Il ne se sauve pas comme elle le lui demandait, il l'accuse de s'être vendue, l'insulte. Pour le coup, le poison agit encore plus vite, elle meurt. Il comprend trop tard. Le Comte, arrivé juste à ce moment, comprend aussi. N'étant pas nécrophile il estime que le marché n'est pas respecté. Il fait décapiter Manrico sous les yeux d'Azucena (pas ceux de l'assistance, ils regardent par la fenêtre du cachot).

Le Comte : il est mort !
Azucena (avec une ironie féroce) : Eh bien ! C'était ton frère !
Le Comte : Mon frère ! Horreur !
Azucena : Oui ! le ciel a vengé ma mère ! (elle tombe expirante)
Le Comte (épouvanté) : O terreur !

Rideau. C'était la fin dans la version française d'Emilien Pacini. Dans la version italienne, la dernière réplique du Comte, pour marquer qu'il est un peu suicidaire aussi, est :

E vivo ancor !



01/11/2011
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