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Kaddish (Allen Ginsberg)

Si je me suis intéressé, à cet auteur (et à ce texte en particulier), c'est qu'il est mort d'un cancer (comme Lovecraft, Malaparte, Genêt...). J'ai cru observer que les auteurs morts de cette maladie avaient une façon décalée, provocante, ironique, hallucinée, etc. de traiter de la mort. Cela ne signifie évidemment pas que cette façon d'en parler est directement cause d'un cancer, mais peut-être que les deux sont des conséquences indépendantes d'un état de malaise chronique (ou aigu) touchant au sens de la vie. Cela rejoint ce qu'estiment ceux qui étudie un possible déterminisme psychique du cancer, ce que j'ai développé plus avant ici : http://pagesperso-orange.fr/daruc/mort/cancer.htm

Allen Ginsberg (1926-1997), poète et militant américain, pilier de la "Beat generation", inspirateur du mouvement hippy, libertaire et contestataire tous azimuths, a produit ce poème en hommage à sa mère, et sous l'influence d'amphétamines (Wikipedia dixit). Je renonce à expliquer plus avant.

Le kaddish est, à l'origine, une prière juive particulière. Le terme désigne couramment une prière à l'intention d'une personne décédée. Et par extension, un texte pour une personne défunte. En l'occurrence, pour la mère de l'auteur, appelée dans le texte par son prénom, Naomi. Naomi Ginsberg (1894-1956) a longtemps souffert de troubles mentaux graves qui ont nécessité son internement. Hitler revenait régulièrement dans ses délires, ce qui pour une juive de sa génération peut aisément se comprendre.

C'est donc un texte morbide, halluciné, et qui se suffit à lui-même, à quoi bon commenter ? L'absence de ponctuation est bien sûr d'origine.

Aie ! Aie ! nous pourrions faire plus de mal ! Nous sommes dans la merde ! et tu es sortie, la Mort t'a laissée partir, la Mort avait pitié, tu as fini avec ton siècle, avec Dieu, fini avec le chemin qu'il traverse
Pure Retour aux Ténèbres-Bébés avant ton Père, avant nous tous
avant le monde
(...)


Dernière transformation de moi et de Naomi
vers les ténèbres parfaites de Dieu
Mort, arrière tes fantômes !
(...)

Bénie soit Naomi dans la Mort ! Bénie soit la Mort ! Bénie soit la Mort !

On y trouve aussi un poème sur Guillaume Appolinaire :

O solennelle puante tête de mort qu'as-tu à dire rien et c'est à peine une réponse.
On ne peut pas conduire une voiture à l'intérieur d'une tombe de six pieds portant l'univers est un mausolée assez vaste pour n'importe quoi.
(...)

LA MORT EST UNE LETTRE QUI N'A JAMAIS ETE EXPEDIEE
(majuscules de l'auteur)

 

Mort mort mort mort le chat se repose
Qu'est-ce que Williams peut penser à Paterson, la mort colle tellement à lui
Si tôt si tôt
Williams, qu'est-ce que la mort ?
Faites-vous face à la grande question à chaque instant ou oubliez-vous au petit déjeuner de regarder votre vieil horrible amour en face
Etes-vous prêt à renaître
(...)

Les ennemis approchent
quels poisons ? magnétophones ? FBI ? Jdanov caché derrière le comptoir ? Trotsky mélangeant des bactéries de rats dans le fond du magasin ?
(...)

Le monstre qui n'en est pas un s'approche avec des pommes, du parfum, des chemins de fer, des télés, des crânes un univers qui se dévore et se déglutit
Le sang dans mon crâne
Créature tibétaine à la poitrine velue et le Zodiaque sur mon estomac victime sacrifiée incapable de s'amuser

Dieux dansant sur leurs propres corps
De nouvelles fleurs s'ouvrent oubliant la Mort


Bourgeois 1976 pour la traduction française, revue par l'auteur.



19/02/2011
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