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Jamais sans ma fille (Betty Mahmoody)

C'était en août 1984. Elle lui avait fait jurer sur le Coran que ce n'étaient que quinze jours de vacances à Téhéran, et qu'ils rentreraient en Amérique. Elle est américaine, lui iranien, médecin installé aux Etats-Unis depuis cinq ans. Et voici qu'il décide de rester en Iran, avec elle, avec leur fillette. Le serment sur le Coran ? On ne le néglige pas totalement, mais un mollah vient spécialement, pour attester que c'était une ruse acceptable. Alors elle apprend à cacher sa haine car à présent elle hait le père de son enfant. Le consulat de son pays pourrait la faire rapatrier, la loi iranienne lui permettrait le divorce, mais dans les deux cas sa fille lui échapperait, d'où le titre du livre.

Betty apprend à endormir la méfiance de son mari, à obtenir peu à peu des possibilités de téléphoner (il le lui interdit). Elle apprend qu'un tchador sert aussi à se moucher, et puis que dans les écoles iraniennes on commence la classe en scandant "Mort à l'Amérique !", et qu'ensuite le par coeur est omniprésent. Elle découvre la terreur des bombardements irakiens, car c'est la guerre. Enfin, elle noue des amitiés qui lui permettront, au bout d'un an et demi, de regagner sa patrie avec sa fille, via la Turquie, au prix d'une dangereuse et épuisante traversée des montagnes, en compagnie de contrebandiers kurdes. On ne dévoilera pas tout ici.

Petit aperçu de l'atmosphère, après un bombardement irakien particulièrement dur :

Grâce au bouche à oreille, tout le monde à Téhéran sait que des douzaines, peut-être des centaines de gens ont été tués pendant ce raid. Mais les communiqués officiels ne comptabilisent que six morts et ajoutent sans vergogne à cette nouvelle que l'aviation irakienne a fait ainsi la preuve qu'Allah était du côté de l'Iran. Ceci, parce que l'une des bombes, incontestablement guidée par Allah, a justement détruit la maison des antikhomeinistes, le mouvement de résistance pro-Pahlavi.

A un moment, le mari de Betty lui fait traduire en anglais un ouvrage de morale pour enfants, oeuvre d'un ancien de la famille. Elle dispose même d'une machine à écrire.

Une fois, les mots employés par le grand-père m'affectèrent profondément. Il détaille les devoirs d'un enfant envers son père et prend un exemple concret. L'histoire raconte qu'un père mourant souffrant dans l'attente de voir son fils une dernière fois. Et les larmes coulent sur mes joues. Les mots sur la page me bouleversent. Mon propre père est en train de mourir [d'un cancer] et je devrais être à ses côtés.

Son mari lui demande pourquoi elle pleure, elle le lui dit.

- Est-ce que ton père est musulman ? demande-t-il, sarcastique.
- Bien sûr que non.
- Alors ça ne compte pas. Il ne compte pas.

Etonnez-vous qu'elle ait un temps prié pour sa mort, jusqu'à ce qu'elle découvrît que cette mort ne lui assurerait pas la garde de sa fille. 



19/08/2009
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