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Dossier X (Jacqueline Roumeguère-Eberhardt)

Cela commence par une préface enthousiaste de Bernard Heuvelmans. L'auteur, chercheuse au CNRS, poète aussi, on le voit dans son prologue, a longuement étudié les Maasai au Kénya en partageant leur vie. Elle décrit d'abord longuement, sous une forme poétique, son intégration chez eux :

Là, jeune femme, jeune mère portant mon enfant sur le dos
je fus introduite dans les loges masculines
en pleine brousse où les garçons Gbaya de six à seize ans
habitent loin des villages et des regards des femmes
pour apprendre à vivre de la forêt.
Ils oublient leur langue maternelle, n'utilisant que la langue véhiculaire
propre à ces loges initiatiques,
afin de pouvoir communiquer avec d'autres hommes
au-delà des frontières de leurs clans, tribus et peuple
en évitant les indiscrétions des femmes. (p45)
 

Elle avait en particulier recueilli leurs traditions leurs mythes... sans jamais, pendant des années, entendre parler d'inconnus velus habitant la forêt. Elle disposait aussi d'une maison à Nairobi, ce qui lui permettait à l'occasion de rendre l'hospitalité à ses Maasai. Et puis un jour...

J'avais laissé au salon le numéro de la revue Time du 7 novembre 1977 dont la couverture représentait le chercheur Richard Leakey et un masque, reconstitution de l'Homo habilis (...) C'était en 1978, et je recevais un jeune Maasai d'environ trente et un ans que je connaissais depuis 1968, à l'époque où il était "guerrier". Il ne sait pas lire, mais fasciné par la couverture de Time, il pointa son doigt sur l'Homo habilis en disant : "Tu sais, je l'ai vu... mais son corps était beaucoup plus puissant que celui-ci..." (p78)

Soit dit en passant, l'ouvrage de Dmitri Bayanov Sur les traces de l'Homme des neiges russe (voir ici) présente deux autres cas, un en Asie centrale, l'autre en Sibérie, où un témoin se manifeste après avoir vu une reproduction d'homme préhistorique.

L'auteur distingue pas moins de cinq "X", des sauvages velus inconnus, dans le seul Kénya. Elle n'en donne jamais les noms locaux (qui permettraient de localiser le lieu), et les forêts sont désignées non par leurs noms mais par des numéros... ce qui lui a valu de sévères critiques.

Bien que X marche droit comme un homme, son aspect physique surprend. D'abord sa taille. Elle varie entre 1,30m (X4) et 1,85m (X2, X3), mais le plus souvent il es t de taille moyenne : 1,65m surtout dans le cas de X1 ; cependant ils toujours plus fort que l'Homo sapiens, comme le prouvent ses exploits : abattre un buffle et le tenir longtemps au-dessus de la tête.

Des chasseurs maasai peuvent assiste à l'attaque d'un buffle d'un coup sec, saisir un gros mouton par la nuque et le ternir longtemps au-dessus de la tête, utiliser l'arc et les flèches lourdes de X5. (p118)

Cet arc impossible à bander pour un humain si athlétique qu'il soit, elle a pu l'acquérir. Ce n'est pas, comme l'a insinué un assistant à une conférence à laquelle j'étais aussi, une resucée de l'arc d'Ulysse. Il intrigue bien sûr. Ce n'est pas absolument unique parmi les HSV (je cite deux autres cas dans Sauvages et velus) mais il est difficile d'en faire une généralité, on ne peut en conclure grand-chose. D'autres témoins ont observé l'usage d'une sorte de couteau pour découper un buffle abattu. 

Les guerriers [il s'agit en fait d'une classe d'âge] ne purent distinguer si le bout de l'instrument utilisé était en bois, en pierre tranchante ou en fer, car ils n'étaient pas assez près, et ils craignaient de s'approcher. Mais de leur cachette ils ont pu examiner X. Il était grand, velu, hirsute et de teint brun. Ils le virent manger le foie cru, puis découper une patte arrière qu'il haissa son épaule sans avoir retiré la peau. Ils disparut dans les taillis épais, portant son butin vers une destination inconnue. (p129)

Cette habitude de manger en priorité le foie se retrouve chez Bigfoot et d'autres HSV encore...

Autre signe d'humanité, rare mais non unique, un X peut se mettre à parler pour dire à un Maasai qu'il a retenu un moment : "Shomo !". Soit : "Va-t-en !". A la question de savoir si c'est un Maasai, le témoin répond :

Non, mais il a dit "Shomo". Peut-être l'a-t-il appris en nous entendant ; car, lorsque nous allons dans la forêt pour récolter du miel avec des Ndorobo [autre ethnie], à la tombée de la nuit, ces derniers nous disent : "Shomo Ang" ("partez à la maison"). Nous n'aimons pas passer la nuit dans la forêt comme eux. Donc, peut-être que X, qui nous épie parfois, aurait entendu cela et, en nous voyant partir, aurait compris la signification de ce mot. (p132)

Enfin, la diffusion de son travail devait, comme bien souvent, susciter d'autres témoignages, parfois vieux de plusieurs décennies. 

C'est avec plaisir que je vous accorde l'autorisation de citer ma correspondance dans vos publications. Je dois reconnaître que je suis ravi que les détails de mon expérience soient enfin arrivés à bonne destination ; car pendant toutes ces années [de 1941 à 1978], j'ai souhaité en faire part à quelqu'un, sans savoir qui cette personne pourrait être. (p172)

Robert Laffont 1990



27/02/2013
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