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# Cancer et psychose...

Note du 23 mai 2003, j'ai ajouté des précisions essentielles (sans lesquelles mon approche est bancale et intenable) en gras et en rouge.

Avertissement : l'auteur de cet article n'a d'autre référence que de se souvenir dans quel état moral il se trouvait avant son cancer. Il n'a rien de particulier à proposer aux personnes souffrant de cancer et à leur entourage. On peut lui demander son avis, il dira ce qu'il croit comprendre mais c'est tout.

J'ai d'abord pensé l'intituler, y compris ici, "Attrape-t-on le cancer en se moquant de la mort ?". Car, si étrange que cela paraisse, tel a été mon premier fil conducteur. Mais il est temps de le dépasser. Voir plus loin pour la réponse cette question. Le plus gros est en ligne (sous une forme pas forcément satisfaisante) :

//daruc.pagesperso-orange.fr/mort/cancer.htm .

Petit résumé :

La tendance dominante de la cancérologie est de considérer le cancer comme une maladie purement physique donc avec un déterminisme (ce qui la fait apparaître et évoluer) purement physique.

Pour autant, il y a depuis longtemps des gens qui postulent un déterminisme en partie voire totalement psychique. Ils sont au mieux marginalisés. Or, s'il y a un certain nombre de facteurs cancérigènes physiques clairement identifiés, leur action n'est pas automatique. Tous les fumeurs, tous les irradiés, etc. etc. n'attrapent pas le cancer. Il y a place pour un co-facteur.

Il a été remarqué (Henri Laborit, etc.) que les cancéreux sont rarement psychotiques, que les psychotiques sont rarement cancéreux.

Le cancer est une maladie à base de tumeurs (proliférations anarchiques de cellules) comme la psychose est une maladie à base de délires (proliférations anarchiques d'idées et fantasmes). Quand on tire trop fort sur une corde fragile en plusieurs endroits, elle cède en un seul. L'étude des psychoses n'aurait-elle pas quelque chose à dire sur le versant psychique des cancers ?

Une psychose, pour synthétiser, vient d'une situation de crise ou malaise par rapport au sens de la vie (ce qui fait qu'on la considère, à tort ou à raison, consciemment ou non, pour soi-même ou collectivement voire universellement, comme réussie ou ratée). Exemples : je dois réussir ma vie mieux que je ne la réussis, je ne supporte pas de remettre en cause mes critères de réussite ni mes capacités à les remplir, je vais délirer pour reporter la faute sur autrui, paranoïa. Je dois être aimé pour réussir ma vie, personne ne m'aime, je vais délirer pour que quelqu'un m'aime quand même que cela lui plaise ou non, érotomanie (nom mal choisi car il évoque irrésistiblement un penchant immodéré pour le sexe alors qu'il s'agit de tout autre chose). La réalité telle que je la perçois n'est pas compatible avec mon sens de la vie, je vais délirer pour qu'elle change, schizophrénie. Etc.

Il est généralement admis qu'une situation de crise ou malaise psychique ne mettant pas en cause le sens de la vie induit des maladies dites psychosomatiques, à effets physiques objectifs mesurables mais ne mettant généralement pas la vie en danger. Ou alors, des troubles psychologiques moins graves qu'une psychose.

Il serait cohérent avec ce qui précède qu'une situation de crise ou malaise mettant en cause le sens de la vie induise une maladie physique mettant la vie en danger. Par ailleurs, on admet couramment un lien entre deuil et cancer, comme entre deuil et psychose. Mais si quelque chose peut déstabiliser le sens d'une vie ou de la vie en général, c'est bien un deuil.

Revenons donc à la question du début. Il n'y a évidemment pas de lien de cause à effet direct, en tout cas je ne vois aucune raison de le penser. Ce n'est pas parce qu'il a chanté "La mort m'attend comm' Carabosse..." que Jacques Brel est mort d'un cancer. Ce n'est pas parce qu'il a personnifié la mort par une prostituée (je te promets que la nuit sera longue...) que Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etc. etc. Voir sur ce même blog Jean Genêt, Vassili Grossman, Curzio Malaparte, Howard Lovecraft, Allen Ginsberg, Fritz Zorn, Oriana Fallaci, Arthur Rimbaud. Il y a bien plus d'exemples sur le site //daruc.pagesperso-orange.fr/mort/cancer.htm et ils constituent la partie la plus importante du livre (inédit pour le moment...).

Se moquer de la mort, n'est-ce pas aussi se moquer de la vie ? Et si on éprouve ce besoin, n'est-ce pas à cause d'une forme de malaise ?



05/06/2011
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